Je me souviens émue comme si c'était hier
du jour où j'ai décidé de « reprendre mes études » et commencer par me donner la chance que je rêvais d'avoir.
C'était sur le balcon de chez Jean-Patrice, ce petit nid douillet où j'ai eu l'impression de retrouver des vieux objets de moi auxquels je ne pensais
plus....
je me souviens émue comme si c'était hier
de ce premier jour de classe lors duquel j'avais scruté chaque visage avec une attention marquée comme on ne le fait pas quand on a 17 ans.
Je me souviens encore m'être alors demandée à quel moment et pourquoi ils me deviendraient familiers et si des groupes se formeraient pendant l'année
ou encore quels seraient nos rapports.
Je condamnais les bavardages tout d'abord étouffés que j'entendais monter petit à petit pendant l'exposé du règlement intérieur fait par
Mado....
J'ai une tendresse infinie pour elle mais je vous dirais après...
Mais comment osaient-ils ainsi doubler son propos !!?
Je serai attentive, rigoureuse et je m'accrocherai pour réussir, une élève modèle.
Ouais c'est ça, cause toujours....le premier cours d'anglais mit fin à ma détermination car je me surpris à bavarder comme les autres, pourtant, ce
serait aussi dans ce cours que nous serions tous ensembles et ce serait aussi celui qui clôturerait l'année.
La vie fut insolente car je me serais bien passée de tous les obstacles et bâtons dans les roues qui n'ont pas cessés de s'étaler sur ces mêmes pages
de bavarde que je suis, sans même que j'en ai alors, donné mon accord..
Je ne pensai pas m'attacher vraiment à qui que ce soit, mon âge toujours trop éloigné des autres et puis, je suis assez bizarre au fond... enfin il me
semble...en tous cas...quelle ne fut pas ma surprise quand je me surpris à chercher Mélanie et Thomas qui furent les deux premiers avec qui la rencontre eu lieu, et puis il y eut Camille...ah mon
cher Camille avec son demi temps de retard, son rire d'extra terrestre et son coeur immense.
C'est comme si tout se dévoilait ce matin.
Comme si les pièces du puzzle s'allumaient une à une en s'imbriquant.
J'ai compris hier que toute cette histoire m'avait depuis longtemps dépassée et que la puissance du quotidien avait fait son oeuvre depuis
longtemps.
Mon plaisir n'aurait pas pu éclore si je n'avais pu aller embrasser Mado.
Mon Dieu c'est fou
Comment leur dire à présent, que je ne me suis pas assez vite rendue compte que je les aimais d'une certaine manière, de la plus simple qui soit mais
aussi de la plus forte.
Comment leur dire que je n'ai pas envie que ça s'arrête mais que si j'avais dû recommencer ces souvenirs ne seraient pas magiques aujourd'hui.
J'aimerais écrire un mot à chacun d'entre eux mais ça ne se fait pas; n'est pas ?
Pourtant, Mado, il faut que je vous dise que sans votre regard du premier jour, je n'aurai pas eu la même envie, que sans votre porte toujours
ouverte, je n'aurais pas osé venir vous dire ce qui me tourmentait ni ma colère parfois, que sans votre gentillesse à partager votre pose avec moi quelque fois, il m'aurait manqué une pièce au
tableau....je passe comme ça sur la complicité pour le reste, Mado, il y a quelque chose de fort en vous qu'on a envie d'approcher et de tenir loin pour que ça ne disparaisse pas. Je sais que nos
chemins se croiseront encore parce que rares sont les personnes qui me parlent autant dans leurs silences.
Tout s'est fait avec ma bénédiction, mon consentement et quelque part à mon insu.
Le plaisir est venu vite et de ce plaisir une dépendance à ressortir à 18 h 00, vite, vite, à regarder l'heure à 19 h 50 en me disant ouff dans 10 mn
la pose lors de laquelle peut être, je croiserait les autres que mes yeux cherchaient à l'heure d'arrivée, même pas longtemps, juste pour bavarder encore, croiser leur sourire et échanger des
mots, des histoires, partager cet instant si cher du narcissique bonheur que l'on avait à regarder le dessin de nos pas côte à côte qui commençaient à tracer un chemin vers nulle part.
Non, pas vers nulle part.
Depuis hier pour certains, il y a demain et pour d'autres c'est plus dur.
Ce chemin est arrivé à son premier point d'étape et comme dans tout parcours, certains ont prit le pont et d'autres sont restés à quai mais cette
bifurcation ne nous éloignera pas.
Nous resterons à jamais la promo des DAEU A et B 2009.
j'imagine que certains commencent à sortir le drapeau Américain et se disent que je ne vais pas tarder à chanter mais je sais qu'au fond, cette idée
ne vous vient que parce que vous ignorez ce qui nous tient les uns aux autres.
Nous aurons le souvenir de la pétition d'hiver où nous arrivions gelés et repartions morts de froid parce que le chauffage n'était pas
allumé...
Nous aurons tous le souvenir d'avoir compté les départs avant que d'autres départs nous touchent et qu'on s'inquiètent dès la deuxième
absence...
Nous aurons le souvenir de la grève, des pannes de machines et de l'examen de Français où tous réunis nous étions « si naturellement »
regroupés dans le même espaces comme une tribu rassurés par la présence des autres.
Je n'oublierai pas mon premier cours d'histoire de l'art à la fin duquel j'ai applaudis de joie.
Je n'oublierai pas l'expression gênée de la prof de philo qui m'avait dit qu'elle ne pouvait pas noté mon devoir parce que c'était de la littérature
d'une certaine qualité, certes mais en aucun cas de la philo...
Je n'oublierai jamais que tout ceci fut une révélation.
J'ai toujours aimé apprendre mais avant, personne ne semblait s'en réjouir et que c'est ce qui manque à nos petits élèves qui sont en échec scolaire,
un regard qui valide et sourit à chaque petit pas vers l'autre rive.
J'embrasse tendrement tout le monde et particulièrement ceux qui sont restés à quai.
Mes amis, j'ai eu beaucoup d'échec en première instance mais à bien y regarder, j'ai toujours tenu le cap d'une main ferme même si mes joues étaient
mouillées de larmes.
N'ayez pas peur de recommencer, une autre aventure s'ouvre à vous et si l'histoire a prit une autre tournure, c'est qu'il y a une clefs qui vous est
nécessaire pour que demain une autre porte s'ouvre.
Si c'était votre rêve, ne l'abandonnez pas et façonnez-le encore, donnez-lui de l'épaisseur et une vie.
Aller je file au bureau avant d'aller vers ma verte montagne ce soir...
bisouilles
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